Archives de Catégorie: ça c'est fait

*MERCI MASSE CRITIQUE DE BABELIO* Déliquescent : « Petite philosophie du zombie ou comment penser par l’horreur » de Maxime Coulombe

« Petite philosophie du zombie » de Maxime Coulombe
Éditeur : PUF, Paris
Collection : La nature humaine
2012

C’est dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio que j’ai choisi ce livre et que les éditions PUF me l’ont offert. PARI GAGNE ! Cette lecture assurément jalonnera ma vie.

Éclairant, sombre et …

… efficace que ce « petit » livre de philosophie sur les zombies.

« Petit » c’est ainsi que le présente l’auteur comme pour se justifier d’utiliser un motif populaire de la culture pour construire son essai.

Et pourtant, il n’y a pas lieu de s’excuser au regard de cette démonstration solide et  instructive.

Maxime Coulombe nous explique pourquoi le zombie prenant ses racines dans le Vaudou haïtien traverse les âges et les frontières pour venir aujourd’hui nous envahir et nous dévorer tous. Brrrrr!

Il découd ensuite la trame de cette figure inquiétante en convoquant les figures philosophiques de Freud, Deleuze et d’autres encore.
Qu’est-ce que le zombie, cette créature en décomposition, primitive et brutale, dit des êtres humains et de la société qu’ils ont construite?

Pourquoi dans les films de zombies, les rescapés ont a un mal fou à les combattre? Pourquoi se font-ils tous bouffer, à la fin? Et pourquoi cette expérience ultime, « apocalyptique » nous fait autant de bien, à lire, à voir ou à jouer?

Toutes les réponses sont dans ces 151 pages.

Un régal!
Une mise en mots claire non seulement de ce que représente le zombie dans notre société mais surtout sur ce qu’ils dit de nous.

Et comme dans la littérature, le cinéma ou le jeu vidéo, ce qu’il fait le plus peur en définitive, ce ne sont pas les zombies… mais les hommes.

A lire et à relire pour se créer des repères dans le monde d’aujourd’hui.

Nous pouvons écouter Maxime Coulombe dans l’émission Le journal de la Philosophie  sur France Culture ici

… Maxime Coulombe a également écrit « Le Monde sans fin des jeux vidéo » (Puf 2010) que je vais m’empresser d’emprunter dans toute bonne bibliothèque qui se respecte 🙂

Publicités

Tactique : « Un joueur de poker » de Jean-Sébastien Hongre

Un roman complexe …

… et masculin.

On entre dans le récit d’Antoine avec facilité. Suivre les états d’âme d’un trentenaire informaticien et parisien pourrait être un nouvel exemple du nombrilisme littéraire français. Et pourtant, plus nous avançons dans le récit, plus la profondeur du propos apparaît.

Les ellipses de temps renforcent cette densité : entre tout dire et s’y refuser, l’auteur nous fait partager quelques mois à plusieurs années d’un même destin.

Il s’agit tout d’abord d’un pauv’ type qui subit sa vie, qui s’y soumet avec lucidité et lâcheté. Un homme qui se laisse mener par sa femme jusqu’au non-choix de devenir père : le personnage est pathétique. Le symptôme d’une génération ?

Puis, un déclic, le jeu, le poker. La possibilité de reprendre la main sur sa vie, son destin.

Et sans dévoiler l’intrigue : le coup de massue. La vie le rattrape, le heurte à lui-même, à ce qu’il fuit, acculé à son passé, son présent, son avenir.

Antoine perd la main : il est dépossédé, humilié ; un looser.

Enfin, un troisème angle de tir, une autre donne. Un sursaut, une rébellion contre le destin. Cet homme ne se laissera pas vaincre, il se donnera les moyens de défier la vie, d’aller au bout de lui-même : il n’est plus pathétique, il EST.

A l’itinéraire de cet homme mi-pantin mi-marionnettiste, s’ajoute d’autres ramifications, d’autres questionnements, d’autres enjeux.

Inutile de connaître les arcanes du poker, la symbolique du jeu s’imprime en filigrane. « La vie est un songe », la vie est un jeu. Quelle est la part du hasard ? Quelle place laissée au libre-arbitre ? Sommes-nous maîtres de notre vie ? Jusqu’à quel point ?

Si ce roman se lit d’une traite tant il nous est impossible de le refermer sans savoir, il sème des graines qui ne cessent de germer et de sépanouir dans l’esprit du lecteur .

Avis aux copines fleur bleue, le rapport aux femmes du protagoniste est détestable. 😉

Un jeune auteur à suivre donc.

Il n’est jamais trop tôt pour bien faire: « Graine de Bouddha » de Kim Jong-sang et Kim Jae-hong

Zen

Cet album coréen est magnifiquement illustré. Le dessin est bouillonnant d’humanité. C’est déjà un plaisir pour les yeux.

Puis, vient le texte.

Ce n’est pas un album écrit par un Occidental qui souhaiterait nous éclairer sur le Bouddhisme.  L’auteur du texte a été vice-président d’une association d’adolescents bouddhistes coréens.
C’est ce qui lui donne cette saveur si particulière.

Car ces pages sont emplies de poésies, de sagesse et de beauté.

Chacune d’elles nous distille une leçon qu’il ne nous ait pas donné d’apprendre ni de comprendre, seulement d’entendre.

« Lorsque les bonzes sèment, ils placent trois graines dans chaque trou. Pourquoi trois? Pour partager avec les oiseaux et les insectes. »

Attention, cet album peut heurter la sensibilité des âmes grincheuses.

Mais les autres y trouveront un brin de sérénité dans ce monde Brutes 😉

Un de mes préférés : « Vous êtes tous mes préférés » de Sam Mc Bratney & Anita Jeram

Justesse et simplicité

Un livre cartonné, presque un carré, d’une dizaine de centimètres et une incommensurable douceur.
Voici les caractéristiques de cet album qui confie aux lecteurs les mots pour dire l’amour des parents pour leurs enfants.

Tous différents. L’un est Une, l’autre est Petit et le troisième Coloré. Mais tous aimés chacun comme ils sont.
Comment répondre aux enfants qui mesurent l’amour de leurs parents?
En leur lisant ce livre qui dépose dans leur coeur les graines pour entendre et comprendre.
Avec justesse et simplicité dans le ton et la finesse du dessin .

Cet album est un cadeau.

Et en cherchant l’illustration, je suis tombée sur ce chouette blog:  http://feesetdragons.blogspot.com/LES PLUS BEAUX LIVRES POUR ENFANTS

Emportée par le souffle de: « Zola Jackson » de Gilles Leroy

Liquide

C’est la seconde fois que nous nous rencontrons, Gilles Leroy et moi-même. La première ne fut pas une réussite puisque je le laissais sur la route des lectures inachevées avec Grandir.

Qu’importe ce fumeux souvenir car je suis devenue amie avec Zola Jackson.

Gilles Leroy – un peu à la manière d’Andrew Sean Greer dans l’histoire d’un mariage mais de manière plus fulgurante- nous prend par la main et ne nous lâche plus jusque la dernière ligne.

Emportée par le souffle de cette vieille Zola Jackson, qui en a vu d’autres, le pire,  alors l’ouragan Katrina à côté!

Zola Jackson et son chien Lady.

Zola Jackson et son mari.

Zola Jackson et son fils. Son tout. Sa fierté et son drame.

Des lignes succinctes qui ne racontent rien parce que ce livre ne se raconte pas, il se lit. On se laisse malmener au gré des humeurs de la dame et du déchaînement de la Nature.

Ce court roman est dense, impitoyable, heureux, doux.

Ce court roman m’a fait un bien fou.

Parce qu’il est finement écrit. Lisez juste ces premières lignes chantantes: « J’aime ça. J’aime quand la cuisine poudrée de cannelle, de colombo, de cumin, quand les épices en volutes transforment ma maison en bonbonnière. »
Un caresse chatouillant mon oreille de lectrice.

Je vous laisse avec quelqu’autres amis lecteurs…

Avec Sophielit qui rappelle le fort pouvoir d’identification de l’auteur à son personnagehttp://actualitte.com/blog/sophielit/2010/06/24/zola-jackson-gilles-leroy/

Sur le site evene.fr, lequel souligne l’ampleur des sujets explorés, d’un pan entier d’Histoire du continent à l’homosexualité en passant par l’indécence des médiashttp://www.evene.fr/livres/livre/gilles-leroy-zola-jackson-42394.php

Avec l’auteur lui-même grâce à web-tv-culturehttp://www.web-tv-culture.com/zola-jackson-de-gilles-leroy-150.html

Bon voyage…

Quand il faut y aller, faut y aller!: « La Carte et le Territoire » de Qui vous savez… bon d’accord ;) Houellebecq Michel

pfffffff…

J’y suis allée à reculons, soyons francs (pas de raison de mentir ici après tout).

Le personnage médiatique que nous donne à voir Michel Houellebecq n’est pas mon type. Et surtout, j’aime déflorer un livre dans son entièreté. Je m’y jette avec sincérité, sans a-priori. Ce qui n’est pas le cas des livres à fort tapage médiatique. Je n’ai donc pas lu J.K. Rowling, ni Ana Gavalda ni tant d’autres.

J’ouvre donc ce Houellebecq, prix Goncourt qui plus est, en donnant toute sa chance au récit.

Les premières pages m’ont embarquée. Le personnage Jed Martin, artiste français que nous suivrons tout le long de sa vie, a su me donner envie de l’accompagner.

Mais… je l’ai refermé avec un sentiment confus. Je ne savais pas trop quoi en dire, par quel bout le prendre. Pour ce qui est de dérouter, l’auteur sait y faire.

Car il y a beaucoup, beaucoup de choses dans ce roman: la vie d’un artiste en France, son rapport au père, un peu d’euthanasie, l’introduction de personnes réelles fantasmées, le rôle tenu par l’auteur-personnage, la carte et le territoire etc.

Une construction en trois parties qui n’apporte pas plus de clarté. A quoi? Au but que l’écrivain a dû se fixer en entamant son travail.

Depuis, je l’ai fini il y a quelques semaines, j’ai lu quelques avis de lectures, des critiques, des interviews de Houellebecq et j’en reste au même point de confusion! 🙂

Une idée chasse l’autre. Je me suis dit « Je vais lire ses autres romans pour voir si la non-construction de récit est un mode d’écriture ou pas », « Quoi, il dit ça? Bon, je ne lirai rien d’autres, ce n’est pas la peine », « ah bon, il y a tout ça dedans, peut-être…« , « Ahhh, la troisième partie est ratée EXPRèS, ça explique beaucoup de choses »!!!

Ce que, humble lectrice, j’en dis c’est qu’il n’y a pas eu de « plaisir de lecture ». Des agacements lorsque l’auteur appelle le personnage Houellebecq: « l’auteur des Particules élémentaires » déclinant ainsi tout les titres de ses romans. De l’ennui aux excès Wikipediques. De l’intérêt (quand même) pour  Jed Martin. Ce n’est pas rien mais ce n’est suffisant.

Il me semble que Michel Houellebecq n’écrit d’ailleurs pas pour « raconter une histoire ».

Pourquoi le Prix Goncourt? Il faudrait demander aux jurés dudit Prix.

Dans quelques décennies, on pourra lire La Carte et le Territoire comme une peinture (puisqu’il s’agit d’Art) de la société française à un moment donné.

D’ici là, je resterai sur cette brouillonne expérience de lecture et m’en vais vers d’autres cieux plus cléments à mon goût 🙂

 

 

 

Une autre pépite: « Petite lili dans son grand lit » de Charlotte Gastaut et Sylvie Poillevé

"Petite lili dans son grand lit" de Sylvie Poillevé et Charlotte Gastaut - éditions Les albums du Père Castor Flammarion - 2008

Le paysage de la littérature jeunesse, pour peu qu’on ne reste pas à la lisière médiatique, offre une richesse incomparable.

Je suis particulièrment sensible aux albums qui renferment dans les illustrations et le propos de la poésie, de la féerie, de la fantaisie.

C’est le cas pour « Petite Lili dans son grand lit ». Les illustrations sont délicates et espiègles comme l’héroïne de cette histoire à la fois tendre et malicieuse.

Lili ne souhaite pas grimper dans son lit si grand, si vide. Pleine de ressources, elle va chercher son gros ours, puis son Lapinou, son gros chat… jusqu’à ce que le lieu des rêves devienne tout petit, tout riquiqui.

Une jolie histoire finement illustrée, qui fait un clin d’oeil à tous les si petits bouts’d’chou, tout petits, tout mimis qui prennent toute la place dans le lit et dans nos vies 😉

Le site de l’illustratrice ici

Un entretien avec l’auteur