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Si loin si près: « Grandir » de Sophie Fontanel

 

"Grandir" de Sophie Fontanel - Robert Laffont - 2010

L’émotion contenue, prisonnière d’une écriture…

c’est ainsi, qu’après coup, le livre m’apparaît.

Un roman vit à travers ses lecteurs.

Mon premier ressenti de lecture fut celui-ci: Sophie Fontanel, journaliste bloggeuse sous le pseudonyme de Fonelle pour Elle magazine, a certes des choses à raconter, personnelles, mais elle le fait mal. Et puis…

Un roman est une histoire de lectures.

J’allais en terrain défriché: j’ai lu les folles aventures de Fonelle qui m’avaient bien faite marrer. Et puis ce roman, Grandir, parle des rapports mère-fille, sujet qui me parle beaucoup. Enfin, le dialogue entre plusieurs générations m’intéresse sur les plans personnel et professionnel.

Bref, j’avais beaucoup de bonnes raisons de le lire.

Il se lit vite.

J’ai cru dans un premier élan que Sophie Fontanel ne s’était pas beaucoup arrêtée sur la forme de son roman. Elle y avait jeté de manière catharsique ce qu’elle avait à dire de sa relation avec sa mère au moment où la dépendance change de bord, au moment où c’est à l’enfant de prendre soin de sa mère. Cette profusion d’émotions, elle s’en débarrassait dans ses écrits. Elle nous les livrait « en l’état ». J’y retrouvais aussi le style lié au blog: vif et direct.

Et puis j’ai discuté avec Maryse. Elle me dit après coup que « peut-être pas non, qu’en fait, l’auteure dissimule ce trop-plein de sentiments derrière son écriture. Que c’est une manière de se protéger« .  Et après coup, je me dis que Maryse a sûrement raison.

Cette façon brouillonne de dire les choses permet de les offrir sans trop s’offrir au lecteur. De la pudeur? De la retenue?

En tout cas, pas de négligence ni de précipitation.

Alors je me rallie à l’avis de Maryse.

Grandir est un beau roman, à fleur de peau, sur une femme proche de la cinquantaine qui redécouvre sa mère, qui, stupéfaite, fait la découverte de la femme qu’elle fut mais aussi de l’individu fragile qu’elle devient.

Plusieurs très jolis moments du livre ont retenu mon attention. Des réflexions impertinentes très pertinentes sur la vieillesse, sur les choix d’une vie, sur la valeur d’une existence. « Il m’a été difficile d’admettre, au long de ces années, qu’une vieille dame a droit au découragement » page 115.

J’ai retenu ce doux aveu: « Et je prends conscience. Carrément je détecte dans mon humour […] que se niche là, dans ma fantaisie peut-être sensuelle, la manière dont j’aurai su être mère. […]J’aurai su faire rire un enfant. » (page136)

Dans la description de son travail conjugué aux soins qu’elle apporte à sa mère, on retrouve l’humour corrosif de Fonelle (pages 130 et 131).

Un livre qui ne se dévoile pas à la première lecture, il mûrit dans un coin de la tête et s’épanouit dans le coeur du lecteur  averti.

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Il faut cultiver son jardin: « Le jardin du repos » de Pa Kin

Un livre d’une qualité remarquable.

Plusieurs sujets s’entrecroisent: la création littéraire, les rapports familiaux, les effets pervers de l’argent…

Un regard lucide, froid mais optimiste sur le genre humain et sur la richesse intérieure qu’il devrait faire croître et prospérer.