Archives de Catégorie: Roman français

Ici, les romans que j’ai lus, aimés ou non!

Tactique : « Un joueur de poker » de Jean-Sébastien Hongre

Un roman complexe …

… et masculin.

On entre dans le récit d’Antoine avec facilité. Suivre les états d’âme d’un trentenaire informaticien et parisien pourrait être un nouvel exemple du nombrilisme littéraire français. Et pourtant, plus nous avançons dans le récit, plus la profondeur du propos apparaît.

Les ellipses de temps renforcent cette densité : entre tout dire et s’y refuser, l’auteur nous fait partager quelques mois à plusieurs années d’un même destin.

Il s’agit tout d’abord d’un pauv’ type qui subit sa vie, qui s’y soumet avec lucidité et lâcheté. Un homme qui se laisse mener par sa femme jusqu’au non-choix de devenir père : le personnage est pathétique. Le symptôme d’une génération ?

Puis, un déclic, le jeu, le poker. La possibilité de reprendre la main sur sa vie, son destin.

Et sans dévoiler l’intrigue : le coup de massue. La vie le rattrape, le heurte à lui-même, à ce qu’il fuit, acculé à son passé, son présent, son avenir.

Antoine perd la main : il est dépossédé, humilié ; un looser.

Enfin, un troisème angle de tir, une autre donne. Un sursaut, une rébellion contre le destin. Cet homme ne se laissera pas vaincre, il se donnera les moyens de défier la vie, d’aller au bout de lui-même : il n’est plus pathétique, il EST.

A l’itinéraire de cet homme mi-pantin mi-marionnettiste, s’ajoute d’autres ramifications, d’autres questionnements, d’autres enjeux.

Inutile de connaître les arcanes du poker, la symbolique du jeu s’imprime en filigrane. « La vie est un songe », la vie est un jeu. Quelle est la part du hasard ? Quelle place laissée au libre-arbitre ? Sommes-nous maîtres de notre vie ? Jusqu’à quel point ?

Si ce roman se lit d’une traite tant il nous est impossible de le refermer sans savoir, il sème des graines qui ne cessent de germer et de sépanouir dans l’esprit du lecteur .

Avis aux copines fleur bleue, le rapport aux femmes du protagoniste est détestable. 😉

Un jeune auteur à suivre donc.

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Emportée par le souffle de: « Zola Jackson » de Gilles Leroy

Liquide

C’est la seconde fois que nous nous rencontrons, Gilles Leroy et moi-même. La première ne fut pas une réussite puisque je le laissais sur la route des lectures inachevées avec Grandir.

Qu’importe ce fumeux souvenir car je suis devenue amie avec Zola Jackson.

Gilles Leroy – un peu à la manière d’Andrew Sean Greer dans l’histoire d’un mariage mais de manière plus fulgurante- nous prend par la main et ne nous lâche plus jusque la dernière ligne.

Emportée par le souffle de cette vieille Zola Jackson, qui en a vu d’autres, le pire,  alors l’ouragan Katrina à côté!

Zola Jackson et son chien Lady.

Zola Jackson et son mari.

Zola Jackson et son fils. Son tout. Sa fierté et son drame.

Des lignes succinctes qui ne racontent rien parce que ce livre ne se raconte pas, il se lit. On se laisse malmener au gré des humeurs de la dame et du déchaînement de la Nature.

Ce court roman est dense, impitoyable, heureux, doux.

Ce court roman m’a fait un bien fou.

Parce qu’il est finement écrit. Lisez juste ces premières lignes chantantes: « J’aime ça. J’aime quand la cuisine poudrée de cannelle, de colombo, de cumin, quand les épices en volutes transforment ma maison en bonbonnière. »
Un caresse chatouillant mon oreille de lectrice.

Je vous laisse avec quelqu’autres amis lecteurs…

Avec Sophielit qui rappelle le fort pouvoir d’identification de l’auteur à son personnagehttp://actualitte.com/blog/sophielit/2010/06/24/zola-jackson-gilles-leroy/

Sur le site evene.fr, lequel souligne l’ampleur des sujets explorés, d’un pan entier d’Histoire du continent à l’homosexualité en passant par l’indécence des médiashttp://www.evene.fr/livres/livre/gilles-leroy-zola-jackson-42394.php

Avec l’auteur lui-même grâce à web-tv-culturehttp://www.web-tv-culture.com/zola-jackson-de-gilles-leroy-150.html

Bon voyage…

Quand il faut y aller, faut y aller!: « La Carte et le Territoire » de Qui vous savez… bon d’accord ;) Houellebecq Michel

pfffffff…

J’y suis allée à reculons, soyons francs (pas de raison de mentir ici après tout).

Le personnage médiatique que nous donne à voir Michel Houellebecq n’est pas mon type. Et surtout, j’aime déflorer un livre dans son entièreté. Je m’y jette avec sincérité, sans a-priori. Ce qui n’est pas le cas des livres à fort tapage médiatique. Je n’ai donc pas lu J.K. Rowling, ni Ana Gavalda ni tant d’autres.

J’ouvre donc ce Houellebecq, prix Goncourt qui plus est, en donnant toute sa chance au récit.

Les premières pages m’ont embarquée. Le personnage Jed Martin, artiste français que nous suivrons tout le long de sa vie, a su me donner envie de l’accompagner.

Mais… je l’ai refermé avec un sentiment confus. Je ne savais pas trop quoi en dire, par quel bout le prendre. Pour ce qui est de dérouter, l’auteur sait y faire.

Car il y a beaucoup, beaucoup de choses dans ce roman: la vie d’un artiste en France, son rapport au père, un peu d’euthanasie, l’introduction de personnes réelles fantasmées, le rôle tenu par l’auteur-personnage, la carte et le territoire etc.

Une construction en trois parties qui n’apporte pas plus de clarté. A quoi? Au but que l’écrivain a dû se fixer en entamant son travail.

Depuis, je l’ai fini il y a quelques semaines, j’ai lu quelques avis de lectures, des critiques, des interviews de Houellebecq et j’en reste au même point de confusion! 🙂

Une idée chasse l’autre. Je me suis dit « Je vais lire ses autres romans pour voir si la non-construction de récit est un mode d’écriture ou pas », « Quoi, il dit ça? Bon, je ne lirai rien d’autres, ce n’est pas la peine », « ah bon, il y a tout ça dedans, peut-être…« , « Ahhh, la troisième partie est ratée EXPRèS, ça explique beaucoup de choses »!!!

Ce que, humble lectrice, j’en dis c’est qu’il n’y a pas eu de « plaisir de lecture ». Des agacements lorsque l’auteur appelle le personnage Houellebecq: « l’auteur des Particules élémentaires » déclinant ainsi tout les titres de ses romans. De l’ennui aux excès Wikipediques. De l’intérêt (quand même) pour  Jed Martin. Ce n’est pas rien mais ce n’est suffisant.

Il me semble que Michel Houellebecq n’écrit d’ailleurs pas pour « raconter une histoire ».

Pourquoi le Prix Goncourt? Il faudrait demander aux jurés dudit Prix.

Dans quelques décennies, on pourra lire La Carte et le Territoire comme une peinture (puisqu’il s’agit d’Art) de la société française à un moment donné.

D’ici là, je resterai sur cette brouillonne expérience de lecture et m’en vais vers d’autres cieux plus cléments à mon goût 🙂

 

 

 

Si loin si près: « Grandir » de Sophie Fontanel

 

"Grandir" de Sophie Fontanel - Robert Laffont - 2010

L’émotion contenue, prisonnière d’une écriture…

c’est ainsi, qu’après coup, le livre m’apparaît.

Un roman vit à travers ses lecteurs.

Mon premier ressenti de lecture fut celui-ci: Sophie Fontanel, journaliste bloggeuse sous le pseudonyme de Fonelle pour Elle magazine, a certes des choses à raconter, personnelles, mais elle le fait mal. Et puis…

Un roman est une histoire de lectures.

J’allais en terrain défriché: j’ai lu les folles aventures de Fonelle qui m’avaient bien faite marrer. Et puis ce roman, Grandir, parle des rapports mère-fille, sujet qui me parle beaucoup. Enfin, le dialogue entre plusieurs générations m’intéresse sur les plans personnel et professionnel.

Bref, j’avais beaucoup de bonnes raisons de le lire.

Il se lit vite.

J’ai cru dans un premier élan que Sophie Fontanel ne s’était pas beaucoup arrêtée sur la forme de son roman. Elle y avait jeté de manière catharsique ce qu’elle avait à dire de sa relation avec sa mère au moment où la dépendance change de bord, au moment où c’est à l’enfant de prendre soin de sa mère. Cette profusion d’émotions, elle s’en débarrassait dans ses écrits. Elle nous les livrait « en l’état ». J’y retrouvais aussi le style lié au blog: vif et direct.

Et puis j’ai discuté avec Maryse. Elle me dit après coup que « peut-être pas non, qu’en fait, l’auteure dissimule ce trop-plein de sentiments derrière son écriture. Que c’est une manière de se protéger« .  Et après coup, je me dis que Maryse a sûrement raison.

Cette façon brouillonne de dire les choses permet de les offrir sans trop s’offrir au lecteur. De la pudeur? De la retenue?

En tout cas, pas de négligence ni de précipitation.

Alors je me rallie à l’avis de Maryse.

Grandir est un beau roman, à fleur de peau, sur une femme proche de la cinquantaine qui redécouvre sa mère, qui, stupéfaite, fait la découverte de la femme qu’elle fut mais aussi de l’individu fragile qu’elle devient.

Plusieurs très jolis moments du livre ont retenu mon attention. Des réflexions impertinentes très pertinentes sur la vieillesse, sur les choix d’une vie, sur la valeur d’une existence. « Il m’a été difficile d’admettre, au long de ces années, qu’une vieille dame a droit au découragement » page 115.

J’ai retenu ce doux aveu: « Et je prends conscience. Carrément je détecte dans mon humour […] que se niche là, dans ma fantaisie peut-être sensuelle, la manière dont j’aurai su être mère. […]J’aurai su faire rire un enfant. » (page136)

Dans la description de son travail conjugué aux soins qu’elle apporte à sa mère, on retrouve l’humour corrosif de Fonelle (pages 130 et 131).

Un livre qui ne se dévoile pas à la première lecture, il mûrit dans un coin de la tête et s’épanouit dans le coeur du lecteur  averti.

Waouh!: « Apocalypse bébé » de Virginie Despentes

Apocalypse Bébé de Virginie Despentes - Grasset - 2010

Ce roman, c’est Price Minister qui me l’a offert. Il s’agissait de se positionner par rapport à deux auteurs en lice pour le Goncourt, Houellebecq ou Despentes. « A l’occasion de la rentrée littéraire, PriceMinister vous offre votre exemplaire de l’un des deux titres phares de la rentrée littéraire 2010, tout deux déjà nommés en première sélection du Prix Goncourt : Apocalypse bébé de Virginie Despentes et La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq.
Nous vous proposons un match ludique et littéraire : lequel de ces deux auteurs voulez-vous soutenir? »

J’ai choisi Despentes.

Et je n’ai pas été déçue une seule minute.

Ça démarre comme un bon polar, aguicheur dès les premières pages.

Ce roman est délicieux, attirant, doux-amer mais il est aussi dur, violent, sans concession, aucune, ni pour notre société ni pour ceux qui la façonnent…

Les individus qui composent cette histoire ont voix au chapitre le temps d’un chapitre. Et chacun d’entre eux est mis à nu devant nous, lecteurs pris en étau entre fascination et lucidité accablante.

De quoi parlons-nous?

De Valentine, une adolescente  perdue qui se cherche. Sa famille, un écrivain sur le déclin et une grand-mère intrusive, la font suivre par une détective à peine crédible, Lucie.

Celle-ci  se fait semer. Valentine disparaît. A charge pour la déctective de la retrouver.

Peu habituée à mener une enquête, elle décide de s’allier à « La hyène », femme au réseau étendu réputée pour sa hargne et sa cruauté. Les deux opposées partent à la recherche de la jeune fille. Au fil de leurs recherches, nous croisons  des individus écorchés qui pansent leur plaie tant bien que mal.

Le personnage de « La hyène » est fascinant. La douceur ondoie sous la violence à peine contenue, l’être désemparé sous la brutalité pure.


Au final, une explosion, une bombe, un éclair de lucidité… Nous restent ces impressions fugitives: désespoir ou espoir? Renoncement ou renouveau?

Une figure fulgurante de la société composée d’Hommes fous.

Et un bien bel objet de réflexion.

Retrouvez Apocalypse bébé sur PriceMinister : http://www.priceminister.com/offer/buy/106381505/apocalypse-bebe-de-virginie-despentes-livre.html

Et les autres romans de Virginie Despentes : http://www.priceminister.com/s/virginie+despentes

Ça va faire mal!: « Real TV » de Hieronymus Donnovan

1993. Machin-les-mines. Rémi et Arnaud, deux amis lycéens, ont décidé de passer un w-e d’enfer: les parents de Rémi, des adultes un peu lourds mais néanmoins  sympathiques, leur laissent la maison familiale.
Le programme est rapidemment plié: mater des films et jouer à la super Nintendo.

C’était sans compter la série de catastrophes qui leur tombe dessus. Et ça commence avec l’implosion mystérieuse de la télévision paternelle…

Je ne dévoilerai rien de plus de l’intrigue tant ce roman nous emmène chaque fois là où nous nous y attendons le moins. C’est une vraie bonne surprise.

Entre roman générationnel, gore et thriller, on s’en prend plein la figure!
.âmes sensibles s’abstenir.

L’écriture est dynamique et, si on peut associer l’hémoglobine à la fraîcheur du style de l’auteur, alors n’ayons pas de dire que ce roman est vivifiant!!!

Messieurs les trentenaires, gamers invétérés, ce livre est pour vous!
Jeunes gens (ben oui, moi je suis une « madame la trentenaire »,  les ados, je les appelle « jeunes gens!^^) accros au jeu et au gore, ce roman est pour vous.
Vous, mesdames et mesdemoiselles, fans de Kurt Cobain, ce roman est pour vous.
Aux nostalgiques des vidéo-clubs, ce roman est pour vous.
Aux avides de lectures « coup de poing », ce roman est pour vous.

Bref, voici une heureuse découverte dans le paysage littéraire français.

Petite précision, il s’agit d’un des premiers romans exclusivement numériques. Pour le lire, il faut donc le télécharger via Itunes ou l’appstore (Iphone et Ipod Touch) ou sur l’Android market et bientôt sur d’autres supports. Plus d’infos sur le site de l’éditeur storylab ou sur le site de l’auteur.

En bonus, le prologue du roman:

Prologue de "Real TV"



L’avis d’un autre : « La vie d’une autre » de Frédérique Deghelt

Tout d’abord, je ne ferai pas de mea culpa quant aux jeux de mots concernant le titre de mes billets.  J’assume 🙂

Je l’ai fait:  lire un autre roman de cette auteure qui a fait chavirer mon coeur.


La vie d’une autre est antérieur à La grand-mère de Jade.

On y trouve déjà le thème du questionnement : quels choix faisons-nous dans la vie? Sont-ce les bons? Y a-t-il un possible retour? Le thème de la relation amoureuse également. Et bien sûr, l’écriture.

Ais-je été bouleversée à cette lecture?

Non, mais transportée oui.

Notamment parce que Frédérique Deghelt manie la plume (le clavier pour éviter l’anachronisme) avec virtuosité, la trempant dans l’encre de l’émotion.

Marie a 25 ans. Elle fête dans un restaurant sa promotion. Lors de cette soirée, elle rencontre Pablo. S’ensuit une nuit d’amour. Le lendemain, Marie se réveille. A ses côtés, Pablo. Seulement, la jeune femme se rend compte que douze années ont passé, que la rencontre passionnée d’hier est son mari d’aujourd’hui. Trois enfants sont nés de leur union.

Petit à petit, Marie part à la recherche de ses souvenirs et plus encore, de la raison de cette amnésie: quel événement a-t-il pu lui faire oublier la naissance de ses trois enfants, son mariage?

Le ton juste de l’auteure nous entraîne,main dans la main avec l’héroïne, dans cette plongée introspective.

Décidément, je suis fan.